Le 4 janvier 2022, Karine sortit d’un examen médical et se dirigea vers sa voiture.
Elle avait 46 ans. Elle préparait depuis plusieurs mois une opération de l’estomac qui devait l’aider à perdre du poids. Pour obtenir l’autorisation d’être opérée, elle avait rencontré des spécialistes, passé des analyses sanguines, des examens radiologiques et des bilans complets.
Un psychiatre l’avait reçue.
Un neurologue l’avait examinée.
Un cardiologue avait étudié son cœur.
Chaque document concluait qu’elle pouvait subir l’intervention. Rien ne laissait présager une catastrophe imminente.
Ce matin-là, Karine venait de passer l’un des derniers examens du parcours : un écho-Doppler hépatique. Une dizaine de minutes à peine. Le compte rendu n’était pas encore disponible, mais rien d’alarmant ne lui avait été signalé.
Elle sortit du bâtiment.
Elle n’atteignit jamais sa voiture.
Sur le parking, Karine s’effondra brutalement. Elle convulsa, puis sombra dans le coma. Quelques minutes plus tôt, elle échangeait encore avec des amies sur son téléphone. Elle ne s’était plainte de rien.
En quelques instants, tout fut terminé.
Les médecins parlèrent d’une thrombose et d’un accident vasculaire cérébral massif. Des caillots avaient obstrué la circulation dans tout son organisme. Sa jambe gauche était déjà devenue blanche lorsque les premiers secours arrivèrent. Ses organes étaient atteints. Son cerveau ne répondait plus.
Karine était morte.
Dix-huit jours auparavant, elle avait reçu sa troisième injection de Moderna.
Pour son père, Dominique, la chronologie ne laisse aucun doute.
Ceux qui avaient refusé
Dès le commencement de la campagne vaccinale, Dominique s’était méfié.
Il ne comprenait pas comment un produit présenté comme entièrement nouveau avait pu être développé et diffusé aussi rapidement. Il ne croyait pas que les responsables qui insistaient pour vacciner toute la population agissaient nécessairement pour son bien-être.
Dominique et sa femme étaient retraités. Ils n’avaient plus d’employeur susceptible de leur imposer un choix. Ils purent donc refuser les injections sans perdre leur travail ni leur revenu.
Leurs enfants n’eurent pas cette liberté.
À l’âge où l’on doit continuer à travailler, payer les factures et préserver sa place dans la société, le refus n’était pas aussi simple.
Karine travaillait pour une association liée aux services de la préfecture. Son rôle consistait à accompagner des jeunes en recherche d’emploi. Avant la crise sanitaire, elle les recevait dans un bureau, parfois par dizaines au cours d’une même journée.
Avec le Covid, les entretiens furent d’abord organisés à distance.
Puis son employeur lui demanda de revenir en présentiel.
Les échanges par écran ne remplaçaient pas les rencontres humaines. Pour reprendre son poste dans des conditions normales, Karine devait se faire vacciner.
Elle consulta son médecin généraliste, fervent défenseur de la vaccination selon Dominique. Celui-ci lui proposa Moderna.
Une première dose.
Une deuxième.
Puis une troisième, six mois plus tard.
Karine fit également vacciner ses deux enfants.
Elle pensait accomplir ce qu’on attendait d’elle : protéger les autres, conserver son travail et permettre à la vie de reprendre.
Dominique, lui, considère aujourd’hui que la troisième injection fut celle de trop.
Dix-huit jours
Le chiffre revient sans cesse.
Dix-huit jours.
C’est le temps qui sépare la troisième injection de la mort de Karine.
Dominique possède les comptes rendus des examens effectués durant les six mois précédant son décès. Il les a lus et relus. Tous décrivent une femme apte à subir une intervention chirurgicale.
Karine était en surpoids, mais son père insiste sur le fait qu’elle ne souffrait d’aucune pathologie susceptible d’expliquer une mort aussi soudaine. Elle avait, dit-il, un cœur particulièrement solide.
Le rapport de l’écho-Doppler arriva à son domicile deux jours après son décès.
Dominique ouvrit l’enveloppe.
L’examen était normal.
Rien à signaler.
C’est cette contradiction qui le poursuit : une femme déclarée en bonne santé sort d’un examen rassurant, tombe sur un parking et meurt en quelques minutes, le corps envahi de caillots.
Pour Dominique, la réponse se trouve dans les injections.
Il n’a jamais cessé de le dire.
La date que Dominique n’oubliera jamais
Le 4 janvier 2022 ne fut pas seulement le jour de la mort de Karine.
Ce fut aussi le jour où le président Emmanuel Macron déclara vouloir « emmerder » les personnes non vaccinées.
Dominique n’a jamais pu séparer les deux événements.
Pendant que le pays commentait une phrase présidentielle devenue immédiatement célèbre, sa fille gisait sur le bitume d’un parking.
Elle avait suivi les recommandations.
Elle s’était fait vacciner pour reprendre son travail.
Elle était morte dix-huit jours après sa troisième dose.
Cette coïncidence de dates s’est gravée en lui comme une seconde violence.
Il n’oubliera ni la chute de Karine, ni les paroles prononcées ce jour-là au sommet de l’État.
Le silence autour de la mort
Lorsque Dominique et sa femme annoncèrent qu’ils attribuaient la mort de Karine au vaccin, la plupart de leurs proches ne répondirent pas.
Un silence prudent s’installa dans la famille.
Personne ne voulait contredire frontalement des parents qui venaient de perdre leur fille. Mais personne ne voulait non plus remettre en question la campagne de vaccination à laquelle beaucoup avaient participé.
Dans l’entourage de Dominique, les relations se brisèrent progressivement.
Ancien militaire, il avait construit au fil des mutations un vaste réseau d’amitiés. Il avait servi dans différentes garnisons, parfois à l’étranger. Certains de ces liens remontaient aux années 1970.
Après la mort de Karine, il estime avoir perdu près de 90 % de ses anciens amis.
Beaucoup considéraient le vaccin comme une réussite et ne comprenaient pas que Dominique ait refusé de le recevoir. Ils acceptaient encore moins qu’il établisse un lien entre Moderna et la mort de sa fille.
Le deuil se doubla ainsi d’une rupture sociale.
Dominique avait perdu Karine.
Puis il perdit ceux qui ne voulaient pas entendre la manière dont elle était morte.
Une mère devant les photographies
Pendant deux ans, la mère de Karine ne put regarder les photographies de sa fille.
Chaque image provoquait une crise de larmes.
Le visage de Karine ne rappelait pas seulement une enfant disparue. Il ramenait le parking, le téléphone, l’examen médical et la brutalité de cette mort sans adieux.
Dominique souffrait lui aussi, mais il devait continuer à tenir.
Un ami proposa à sa femme des soins à distance. Dominique n’y croyait pas. Il accepta néanmoins, parce qu’après la mort d’un enfant on accepte parfois ce que l’on aurait autrefois refusé.
Selon lui, ces soins aidèrent son épouse.
Elle put progressivement regarder à nouveau les photographies de Karine.
La douleur ne disparut pas.
Mais les images cessèrent d’être entièrement interdites.
Le serment oublié
Dominique ne condamne pas de la même manière tous les professionnels de santé.
Il connaît des médecins qui se sont opposés aux directives officielles et qui, pour cela, ont subi des suspensions, des procédures ou des interdictions d’exercer. Il les considère comme des personnes courageuses.
Son reproche s’adresse surtout à ceux qui ont injecté les produits sans chercher personnellement à comprendre ce qu’ils administraient.
Les médecins, rappelle-t-il, ont prêté serment.
Ils se sont engagés à ne pas nuire.
À ses yeux, beaucoup n’ont pas pris les moyens de respecter cet engagement. Ils ont obéi aux recommandations sans interroger suffisamment la nature du produit, ses risques ou les conséquences possibles.
Dominique reconnaît qu’ils subissaient eux aussi une pression.
Refuser pouvait menacer une carrière.
Mais il considère que la peur des sanctions ne pouvait pas effacer toute responsabilité individuelle.
Il accuse plus directement encore les décideurs politiques et les responsables des ministères. Selon lui, ils ont entretenu la peur, présenté le Covid comme une menace absolue et conduit des millions de personnes à accepter une injection sans information suffisante.
À ceux-là, dit-il, il ne pardonnera jamais.
Le père devient militant
Après la mort de Karine, Dominique aurait pu se retirer.
Il aurait pu refermer la porte, conserver ses dossiers et vivre son deuil dans le silence.
Il choisit le chemin inverse.
Il commença à chercher les autres.
Les personnes malades après une injection.
Les familles endeuillées.
Ceux qui avaient perdu leur travail, leur autonomie ou leur santé et que personne ne semblait vouloir écouter.
Dominique devint président de l’association VIAC 19. Il entreprit de créer une carte recensant les témoignages en France et dans les pays voisins.
Chaque personne peut lui raconter son histoire.
Il réalise alors une affiche, associe le témoignage à une région ou à un département et lui donne une place sur la carte.
Derrière les points géographiques apparaissent des visages, des prénoms et des vies bouleversées.
Pour Dominique, cette carte constitue une réponse au déni.
Elle rend visibles ceux que les statistiques et les discours institutionnels font disparaître.
« Vous n’êtes coupables de rien »
Dominique passe une grande partie de ses journées au téléphone.
Avec Mathieu, engagé à ses côtés, il peut recevoir dix ou quinze appels en une seule journée.
Au bout du fil, des personnes décrivent des douleurs insupportables, des symptômes neurologiques, des maladies invalidantes et des parcours médicaux sans réponse.
Certaines ont été renvoyées à leur anxiété.
D’autres ont été considérées comme dépressives, hystériques ou affabulatrices.
Dominique les écoute.
Il ne prétend pas être médecin. Il tente de les orienter vers des praticiens disposés à envisager un lien avec la vaccination. Il partage les informations recueillies auprès d’autres malades.
Mais son premier message n’est pas médical.
Il consiste à leur répéter qu’elles ne sont responsables de rien.
Elles ont suivi des recommandations.
Elles ont parfois accepté l’injection pour conserver leur emploi, voyager, protéger un proche ou retrouver une vie normale.
Elles n’ont pas choisi la maladie.
Elles ne doivent pas porter, en plus de leurs symptômes, la culpabilité d’avoir fait confiance.
Aider ceux qui restent
Dominique siège également au conseil d’administration de l’association A Victimes.
Il y a rencontré Mathieu Dubois et Mélanie Maupas. Entre Dominique et Mathieu, malgré leurs trente années de différence, un lien fraternel s’est créé.
Ils s’appellent « mon frère ».
Dominique assure parfois la permanence téléphonique de l’association afin de soulager Mathieu, lui-même lourdement atteint et souvent en proie à des douleurs intenses.
Ce partage lui paraît naturel.
L’un possède encore assez de force pour répondre au téléphone.
L’autre connaît de l’intérieur la souffrance de ceux qui appellent.
Ensemble, ils tentent d’offrir ce que les institutions n’ont pas donné : de l’écoute, des contacts, des pistes et la certitude de ne plus être seul.
L’association propose aussi des espaces de discussion où les victimes échangent des solutions concrètes.
Un coussin qui permet de mieux dormir.
Un médecin qui accepte d’écouter.
Un traitement qui a atténué une douleur.
Une démarche administrative qui a enfin abouti.
Ce n’est pas de la médecine, reconnaît Dominique.
Ce sont des « bons tuyaux ».
Mais lorsqu’une personne souffre depuis des années sans accompagnement, un bon tuyau peut représenter beaucoup.
Les dossiers jetés à la poubelle
L’association mène également un combat judiciaire.
Des plaintes ont été préparées avec l’aide d’un avocat proche des familles et des victimes. Les personnes pouvant bénéficier de l’aide juridictionnelle sont encouragées à l’utiliser. Pour les autres, l’association tente de prendre en charge les frais.
Les premiers dossiers furent transmis au parquet de Paris.
Ils furent classés sans suite.
Selon Dominique, ils ne furent même pas examinés sérieusement. Une notification arriva, froide et administrative, refermant le dossier avant que l’histoire humaine soit entendue.
Vingt-sept plaintes ont été ou doivent être envoyées.
Dominique s’attend à ce qu’elles soient toutes rejetées au premier niveau.
Mais il refuse de s’arrêter.
Il existe d’autres recours.
Un deuxième échelon.
Puis un troisième.
Chaque classement sans suite devient une étape supplémentaire plutôt qu’une conclusion.
Dominique espère qu’un jour, au sein de la justice, une personne décidera enfin de regarder les dossiers.
De lire les symptômes.
D’observer les chronologies.
De voir les morts, les fauteuils roulants, les familles détruites.
Et de considérer qu’il n’est plus possible de tout refermer sans enquêter.
Le combat contre l’effacement
Dominique affirme que les victimes sont nombreuses.
Il parle de maladies neurologiques, de syndromes de Guillain-Barré, de cancers, d’accidents cardiaques et de maladies de Charcot recensées dans les associations.
Il s’inquiète également pour ses deux enfants encore en vie, eux aussi vaccinés.
Ils vont bien aujourd’hui.
Mais Dominique ne parvient plus à considérer leur santé comme une certitude.
Depuis la mort de Karine, il attend toujours qu’un autre drame se produise.
Il redoute ce qui pourrait se déclarer plusieurs années après les injections. Cette inquiétude l’empêche de quitter la France, même s’il confie parfois son désir de partir.
Ses enfants sont ici.
Il ne peut pas les abandonner.
À 71 ans, son avenir s’est réduit à cette vigilance : rester près de ceux qui restent et tenter de protéger les familles que son engagement place sur son chemin.
L’ancien militaire
Dominique a consacré sa carrière à la défense de la France.
Il a porté l’uniforme et les armes. Il a accepté les contraintes, les mutations et les vaccinations exigées pour servir dans certains territoires étrangers.
Il n’était pas opposé par principe aux vaccins.
Il en avait reçu beaucoup au cours de sa vie militaire.
Mais il considère que les produits contre le Covid appartiennent à une autre histoire. À ses yeux, leur développement, leur composition et la manière dont ils furent imposés ont rompu la confiance qui existait autrefois.
Cette rupture dépasse la médecine.
Dominique dit ne plus reconnaître le pays qu’il a servi.
Il accuse les responsables politiques d’avoir abandonné les valeurs qu’il pensait défendre : la liberté, la protection des citoyens et la responsabilité de l’État envers ceux auxquels il demande un sacrifice.
Il rêverait parfois de partir vivre ailleurs.
Mais il reste.
Pour ses enfants.
Pour les victimes.
Et pour Karine.
Ne pas être là pour briller
Dominique parle avec colère des divisions qui traversent parfois le monde associatif.
Des querelles d’ego apparaissent entre militants, victimes et scientifiques. Certains se jalousent, critiquent les actions des autres ou cherchent davantage à exister publiquement qu’à aider.
Dominique résume sa position en une phrase :
« On n’est pas là pour briller. On est là pour aider. »
Il admire les organisations capables de fonctionner collectivement, sans chef omniprésent, avec des personnes qui proposent, discutent et agissent ensemble.
Pour lui, le combat ne pourra avancer que si ceux qui prétendent défendre les victimes cessent de se tirer dans les jambes.
L’urgence est trop grande pour perdre du temps dans les rivalités.
Des personnes souffrent maintenant.
Des familles appellent maintenant.
Des malades meurent maintenant.
Si tout cela n’avait été qu’un rêve
À la fin de l’entretien, Dominique ne formule pas un programme politique ni une stratégie judiciaire.
Il exprime un souhait presque impossible.
Il aimerait que les cinq dernières années n’aient été qu’un cauchemar.
Que le monde puisse se réveiller sur des bases plus saines.
Avec davantage d’humanité.
De compassion.
D’amour du prochain.
Il sait que ce rêve paraît lointain.
La colère est profonde. Les institutions restent fermées. Les victimes peinent à être reconnues et les associations elles-mêmes se divisent parfois.
Mais Dominique continue.
Il réalise ses affiches.
Il répond au téléphone.
Il écoute ceux qui pleurent.
Il transmet les dossiers.
Il aide Mathieu lorsque celui-ci souffre trop.
Il répète aux victimes qu’elles ne sont coupables de rien.
Tout cela porte un prénom.
Karine.
Une femme de 46 ans qui sortit d’un examen médical sans anomalie, marcha vers sa voiture et tomba sur le bitume.
Une fille que ses parents ne purent sauver.
Une mère dont les enfants continuent de grandir.
Le 4 janvier 2022, Dominique a perdu Karine.
Depuis ce jour, il consacre ce qui lui reste de force à empêcher que les autres victimes disparaissent, elles aussi, dans le silence.